Catégories
Articles

Le mot du porteur de projet 2

Voilà, la première étape de Genèv’Africa 2020 s’est achevée le 22 février dernier à Kinshasa.

Lolvé Tillmanns et Anne-Sophie Subilia ont finalement rencontré leurs correspondants congolais, respectivement Missy Bangala et Ali Richar Mutu. C’était pour moi l’un des principaux objectifs du projet : créer des ponts, sinon lancer une petite échelle par-delà les murs, afin de permettre un échange littéraire certes, mais aussi géographique. Car, comment donc comprendre l’essence même des mots d’un son correspondant si l’on n’a pas la possibilité de partager, ne serait-ce qu’un rien de temps, l’espace quotidien de ce dernier?

Ali Richard Mutu est l’auteur d’Ébamba, savoureux roman écrit en lingala, puis traduit en français aux Ed. Lisolo, en 2014. Lorsqu’il évoquait, dans sa correspondance, le bruit kinois, son soleil impitoyable et la moindre pluie qui peut clouer des milliers et des milliers de Kinois chez eux, Anne-Sophie pouvait s’en faire une idée. Plus, elle pouvait s’en extraire les lignes et les contours du tableau qu’il lui était offert à voir. Elle pouvait en cerner les couleurs, teintes et parfums. Mais là. Oui là, plongée au-dedans de la réalité kinoise, l’auteure de Neiges Intérieures (Ed Zoé, 2020) n’avait plus qu’à raturer un peu ici, gommer un brin là-bas, surligner ceci, ajuster, assaisonner à sa façon ce qui lui avait déjà été livré par courriel.

Quant à Lolvé, elle a passé un mois entier à Kinshasa. Avec Missy, elles sont des copines. Lorsque je les ai vues toutes les deux la première fois sous le soleil dansant de Kinshasa, c’est tout de suite ce qui m’a sauté aux yeux. Des copines. Si Missy n’est pas encore auteure, elle est promotrice et distributrice – quel maillon important dans la chaîne du livre. Amoureuse des lettres, elle n’a en rien boudé son plaisir à échanger au sujet des discriminations faites aux femmes avec Lolvé Tillmanns ; l’auteure de Fit, un texte sec et profond publié récemment chez BSN Press. Qu’il est beau de voir leurs pensées gondoler, s’effleurer, s’emboîter. Cela s’est fait si aisément.

Les comédiens congolais Soraya Odia et Jocelyn Danga ont sublimé le rendu de cette correspondance par des lectures d’extraits. Un pur moment de bonheur littéraire devant un public nombreux.

En attendant la venue de Missy Bangala et Ali Richard Mutu à Genève, je nous souhaite déjà que le Coronavirus prenne sa retraite. Sur la demande des participant.es, les échanges épistolaires par courriels continueront jusqu’en août.

Une chose que j’ai comprise jusqu’ici, c’est que le courriel est un genre littéraire à part entière.

Max Lobé

Catégories
Articles

Mot du Porteur de projet, Max Lobé

©GuillaumeMegevand

Elle est passée, l’époque de la boîte aux lettres pleine de ces petites enveloppes-trésors aux bords ornés de hachures bleues, blanches et mille autres couleurs. C’est passé ! Elle est révolue cette époque où l’on pendait la langue pour humidifier la bande adhésive d’une enveloppe. On y avait glissé une lettre. Une lettre manuscrite.

C’est fini tout ça. Maintenant c’est l’écran, c’est Messenger, c’est WhatsApp, Selfie. “Everyone get his spotlight ! “, constate mon frère Baloji dont j’aime beaucoup la musique – un appel à dodeliner des épaules, mais surtout la puissance évocatrice des images dans ses vidéogrammes.

Aujourd’hui, c’est le COURRIEL!

Les échanges ici rendus, je les ai lus sur écran de téléphone, puis sur écran d’ordinateur. Je les ai imprimés une fois pour en avoir une compréhension concrète, malléable. Pas virtuelle. J’ai dû les imprimer une deuxième fois, je crois. C’était pour avoir une autre copie au cas où…; on ne sait jamais! Ces échanges ne sont pas le fruit d’une carte blanche. J’ai vaguement orienté les discussions en prenant en considération les sensibilités de chacun-e des participant-e. Anne-Sophie Subilia devait correspondre avec Ali Richard et Lolvé Tillmanns avec Miss Bangala. C’est comme ça…

La correspondance livrée ici est presque authentique. Après avoir pensé retravailler ou plutôt éditer ces échanges, je me suis vite mis un morceau de gombo bien gluant sous le talon. Aussi ai-je décidé de conserver la spontanéité de ces discussions écrites. J’ai voulu ainsi laisser apparaître combien la forme du courriel a profondément modifié notre manière d’écrire, d’échanger, de partager nos connaissances, nos petits riens quotidiens.

J’ai aimé voir les personnalités (des personnages?) se dessiner puis se cristalliser peu à peu dès les premiers courriels et tout au long de la correspondance.

Je vous souhaite un bon voyage entre Genève (ou plus précisément Genève, Lausanne) et Kinshasa.

Max Lobé

Catégories
Articles

Introduction

La première édition du projet Genève-Africa (Kinshasa) a démarré en juin 2019.

Les auteurs sont divisés en binômes. Le projet attend d’eux qu’ils se lancent dans un échange épistolaire (via courriels). L’idée n’est pas d’orienter les échanges entre eux. Elle n’est pas non plus de leur laisser carte blanche.

Ils devront raconter leur ville, ses bruits, ses couleurs. Leur journée, les petits riens quotidiens qui les marquent en tant qu’écrivain. Les auteurs devront échanger sur leurs questionnements aussi bien en matière d’écriture, qu’au sujet des événements socio-politiques majeurs qui animent leur environnement.

Le rendu de ces échanges sera fera sous forme de lecture publique, d’une part à la Fête du livre de Kinshasa en février 2020, et d’autre part au Salon du livre de Genève en octobre 2020.

Une brochure sera également imprimée.

Le choix de l’échange épistolaire n’est pas seulement fait pour des raisons pratiques. En effet, en optant pour l’épistolaire, nous comptons contribuer à redorer le blason de ce genre littéraire quelque peu oublié.

Vous pouvez dès aujourd’hui lire la correspondance en ligne :
Missy M. Bangala et Lolvé Tillmanns
Richard Ali A. Mutu et Anne-Sophie Subilia