Missy M. Bangala – Lolvé Tillmanns

Modération de Max Lobé :
Mardi 4 septembre 2019

1- Présentez-vous.
Qui êtes-vous ? Auteure ? Artiste ? Femme ? Suissesse ? Congolaise ? Mère ? Épouse ? Africaine ?Européenne ? Comment vous définissez-vous ? Blanche ? Noire ? Pourquoi ?
2- Qu’attendez-vous de ces échanges ?

Lundi 14 octobre 2019

1- La paternité
2- Le corps est-il politique? Le vôtre l’est-il?
3- Le silence, les sons les voix, les voies
4- “Rêver” devrait-‘il être un droit?
5- Que pensez-vous de ce vidéogramme ?

 

 

Lundi 9 septembre 2019

Chère Missy,

Nous voici face au si commun et pourtant si difficile exercice des présentations – en particulier avec ce pourquoi souligné en gras par notre Max… J’ai pensé que vous pourriez me connaître un peu si je vous écrivais comment, petit à petit, les différentes facettes de mon identité me sont apparues. Alors je vais tenter de vous l’expliquer en quelques mots.

J’ai grandi dans un petit village de la campagne suisse. Toute enfant, je ne sais pas encore qui je suis que je sais déjà que je ne suis pas d’ici. Les miens n’ont jamais eu de terres à cultiver ou de vaches, nous possédions d’autres choses, des commerces, des diplômes, de beaux objets. Et puis mon nom et mon prénom ne ressemblent pas à ceux des autres, on les prononce toujours mal dans mon pays natal. Et puis l’école du dimanche, je n’y vais pas non plus. Je ne comprends pas pourquoi – la classe sociale, la religion, la culture – je ne connais encore aucun de ces mots, mais j’ai déjà compris que je me sens profondément étrangère là où je grandis. On me le fait savoir, parfois bien méchamment. Je me trouve quelques amis qui ne me ressemblent pas du tout et qui pourtant ont tout en commun avec moi. Nous partageons la même marge, celle de notre minuscule société villageoise. C’est ma toute première identité, marginale, différente, inadéquate. Je la partage avec le garçon efféminé, la fille sans père et tous les petits corps hors de la norme. L’étranger, c’est cela pour moi, l’inadéquation à cette norme. Les passeports et les couleurs n’existent pas pour la fillette que je suis alors. Je ne vois pas le racisme lorsque la maîtresse tire encore et encore les seuls cheveux crépus de la classe. L’injustice me vrille l’estomac et je défends ma copine, mais je ne sais pas qu’elle est noire et moi blanche, je crois encore que nous ne sommes qu’une.

Je commence à me douter de quelque chose lors d’un séjour au Sénégal – voyager, encore une chose que nous faisons et les autres non. Je passe deux jours dans un hôtel chic, les Blancs sur les chaises longues et les Noirs à les servir. Je ne me sens pas très bien, ma mère non plus, nous partons vite pour un voyage à travers le pays. Il n’y a plus de Blancs, l’étrangeté disparaît et je ne remarque pas qu’on m’aime trop, je me contente de profiter des tendresses et des douceurs dont finalement j’ai l’habitude – partout dans le monde, les adultes caressent les petites filles blondes et s’extasient devant leur joliesse. Je n’y vois rien de particulier, on m’a appris qu’être jolie n’est qu’une politesse que l’on doit à soi-même et aux autres – dogme qui éclatera en mille morceaux au moment de ma puberté. Mais revenons au Sénégal où je fais une rencontre inoubliable.

À l’ombre d’une tente, un regard, rouge, un petit garçon albinos. Une émotion très belle, très violente, nous traverse. Nous nous reconnaissons, deux enfants esseulés, différents, dont le soleil est un ennemi. Je ne sais toujours pas que ce petit être à la peau encore plus laiteuse que la mienne est noir et moi blanche, je crois encore que nous ne sommes qu’un.

Je ne veux pas, mais l’adolescence me propulse dans un autre monde, un monde où mon corps devient sale et sacré à la fois, un monde où il faut se méfier de l’homme, capable de tout faire subir et de me laisser coupable de sa violence, à lui. Je me découvre femme, une seconde identité, douloureuse. Je deviens féministe, une troisième identité, salutaire.

J’habite enfin en ville, je rencontre des gens de partout, certains me reconnaissent comme des leurs, ils sont de plus en plus nombreux à ne pas me considérer comme marginale et inadéquate. J’apprends que les peaux noires sont très sèches, j’apprends l’histoire de la colonisation, de l’esclavage. Je lis beaucoup de gros ouvrages très bien documentés, je fais des calculs, des recherches, j’écris des mémoires. J’ai envie de tout penser, de tout comprendre alors même que chaque livre que j’ouvre me démontre que c’est impossible. Mon identité s’enrichit d’un nouvel adjectif, intellectuelle. Mais au fond, je n’ai toujours pas compris, une part essentielle de moi-même m’échappe encore. Le déclic se fera très loin, en Chine.

Je voyage sac au dos à travers tout le pays. On m’arrête des centaines de fois pour me prendre en photo, on crie même sur mon passage, on envoie ses enfants me dire en mandarin et en anglais que je suis la plus belle. J’ai appris à ignorer l’attention des hommes, mais celle des Chinoises me trouble profondément. Ces femmes ne cherchent pas à me séduire, à me toucher, à m’imposer leur puissance. Non, elles admirent réellement mes cheveux – blonds – mes yeux – bleus – ma peau – blanche. Elles voudraient me ressembler. Elles s’éclaircissent la peau, rêvent de se débrider les yeux comme les Coréennes et les Japonaises. Je saisis enfin qu’il ne s’agit pas de moi, mais de ce que je représente, la réussite, le pouvoir, la domination. Je ne suis pas la plus belle, je suis blanche.

Une identité de système, criante et tout à fait évidente. Pourtant, il m’aura fallu plus de deux décennies pour la comprendre, la sentir. Bien sûr parce que je n’en ai jamais souffert, identité de privilèges, mais aussi parce qu’elle m’est totalement étrangère. Ces caractéristiques qu’on colle à ma peau ne me correspondent pas, ne parlent pas de moi et pourtant définissent une partie de ma vie.

Voilà ce que je sais de mon identité, aujourd’hui, demain, nous verrons !

Et vous, chère Missy ?

 

Vendredi 27 septembre 2019

Chère Lolvé,

Je suis totalement d’accord avec vous: C’est si dur de parler de soi surtout quand il s’agit de se présenter à l’autre. Je pense faire comme vous, je vais relater les étapes qui m’ont conduite à ce que je suis aujourd’hui et vous dire comment j’ai atterri dans la littérature.

Venue certainement du ciel comme on le dit presque partout, j’étais l’enfant que personne n’attendait. Et pourtant, on avait clairement besoin de moi. Ma sœur aînée m’attendait de pieds fermes. Elle me désirait. Elle me voulait. Et un beau jour son vœu s’est réalisé. Je suis arrivé. Enfin j’étais là et l’histoire de ma vie débuta. J’ai eu la chance de naître dans un grand hôpital considéré comme celui des riches alors que mes parents ne pouvaient plus se le permettre. La réponse à cette question, je l’ai eu en étant adulte. Mon père était emprisonné par Mobutu. Ma mère se débrouillait tant bien que mal à élever mes frères en faisant tout genre de job. Quoi qu’étant couturière à la base mais cela ne suffisait pas pour me donner le privilège de paraître royalement en ce bas monde. Alors ma sœur aînée me porta sous ses ailes. En effet, elle travaillait à l’OZAC ce qui est l’OCC (Office congolais du commerce, relié au ministère de l’économie. actuellement. Bref, quand je suis née, ma vie dépendait d’elle complètement. Tous les soins médicaux, nourritures, vêtements, c’était à sa charge. Elle avait même choisi mon prénom Miss. Ce qui est marrant, est le fait que j’étais celle qu’on n’attendait pas mais qu’on souhaitait sans le savoir, étant la dernière d’une famille de 9 enfants. Chacun avait son petit nom pour moi, ceux dont je me souviens sont Miss de ma sœur aînée, Jocelyne de mon père, Ningi de ma mère, Souké de mes deux sœurs et enfin Joyce de mes frères.

Vous ai-je dit que j’ai été malade peu après ma naissance ? Je suis asthmatique, pour un rien c’était un tour à l’hôpital. Et là vous vous dites heureusement, qu’il y avait la couverture médicale de ma sœur et oui vous aurez raison. Ce qui m’a valu le surnom en lingala de “Akufa Lobi” (elle/il mourra demain), de mes tantes paternels. Et la petite fille si mignonne, si frêle que tous voulait porter et protéger avec des yeux globuleux d’où le surnom “Misu mavondo” (gros yeux) m’est venu. Ma mère, me dit souvent que je suis son miracle. La façon miraculeuse que j’ai guérie complètement sans séquelles après un coma. Maman avait rêvé cette nuit-là de sa grand-mère ; qui lui demandait ce qu’elle faisait avec moi là où je ne devais pas être. Dès son réveil ce matin-là, elle devait me prendre et rentrer avec moi à la maison par la petite porte sans prévenir personne. C’est ce qu’elle fit et depuis j’ai plus jamais été à l’hôpital à cause de l’asthme, hormis des crises passagères pendant des grandes émotions. Petite, avec un côté curieux et turbulent à souhait. J’avais trop de vocabulaire pour une enfant de mon âge et surtout je savais déjà ce que je voulais devenir. Imaginez, une fillette dans la banlieue de Kinshasa rêvant de devenir une ballerine. J’ai bercé cette idée longtemps en moi, au point où toute la maison savait qu’on devait inscrire Miss dans n’importe quel compétition de danse à Kinshasa et grand bien me fasse j’en sortais toujours championne.

Étant frêle et filiforme, ma force était mon frère que je suivais. Il venait me prendre à la fin des classes, parce que j’étais celle qui était chef de classe en très bonne dérangeuse que j’étais. Ça m’a valu beaucoup des bagarres à la récréation et à la récréation et à la sortie des classes. Mon grand frère protecteur était toujours là et il jouait bien ce rôle.

Avec l’idée de faire tout ce que je voulais sur terre sans limite et mon père en m’appelant Jocelyne en honneur à son idole Jocelyne Beroard, je me voyais déjà au top du monde dansant avec mes pointes.

La littérature m’a trouvé à cause de la distance. Ma sœur aînée qui était partie se spécialiser en pharmacie. Après le mariage de ma seconde sœur qui se sentait seule, ma sœur ainée demanda à notre père de partir avec moi. E t je n’avais que 6 ans. J’étais déjà en train de vivre chez une de mes sœurs avec son mari qui était très occupés par son travail et ma sœur de même. Mon refuge était mes jouets, la télé et la lecture. A un moment mon père l’avait découvert et il m’en ramenait des livres. Des livres dont je devais faire un résumé pour lui chaque dimanche par écrit qui était notre jour de rencontre et il corrigeait mes écrits. De fois même, il les complétait en me poussant à réfléchir autrement. Ma sœur aînée par contre, elle me demandait de lui relater ma vie de tous les jours à Kinshasa et elle en faisait de même pour sa vie parisienne.

Au début des années 90, je découvre Claire Chazal et Chantal Kanyimbo; des journalistes vedettes sur TF1 et OZRT (office Zaïroise de Radiotélévision). Et j’ai eu mon épiphanie, de ce que je voulais devenir. Une journaliste, le beau métier. Celle qui peut aller rencontrée tout le monde, partout et surtout sans restriction. C’était décidé, je deviendrais journaliste, rallier les gens et voir le monde était très alléchant comme idée.

Je vis enfin seule. Je découvre le quotidien des autres auxquels j’ai tant rêvé. J’avais déjà voyagé plusieurs fois en cours séjours un peu partout, le Kenya, la Cote d’Ivoire, le Togo, les provinces de la RDC. Je découvre l’Afrique du sud et j’y suis allée après un ras le bol du quotidien sans même prévenir ma sœur. J’avais accepté un travail de correspondance entre l’Afrique du sud et la RDC lors du dialogue bilatérale. Je vous épargne les blablas de ces rencontres entre le gouvernement de Thabo Mbeki et de Joseph Kabila. Ce qui est super est que j’y ai bénéficié en tout, en apprentissage et surtout en endurance. Le plus beau moment était la rencontre avec “La Mama Africa”, Myriam Makeba”. La Mama parlait lingala… j’étais déjà à mille lieues, l’imaginant fuyant l’apartheid au Zaïre et bien évidemment elle a appris la langue pour se fondre dans la masse. J’étais dans un nuage, à échanger avec elle. J’en avais oublié que j’étais là pour un boulot. Malheureusement le caméraman était là pour le rappel, j’étais tellement dans la zone que le reste me semblait superflu. Et quelques années plus tard elle rejoignait les étoiles dans le ciel pendant la cérémonie du vernissage du livre Gomorra de Roberto Saviano que je venais à peine d’acquérir. Étant à nouveau en Afrique du sud cette fois-ci à Cape Town. J’étais effondrée, j’ai eu plusieurs émotions d’un coup. Tristesse, vide, l’inachevé, perte et autres que je ne sais décrire. La Mama Africaine s’en était allée!

Rutshuru, une ville qui m’a laissé tellement des traces sans y avoir vécue longtemps. Sac à dos ou à bandoulière de fois, explorant ce village. Beaucoup m’appelait blanche aussi (rires), ça m’a pris du temps pour leur faire comprendre que j’étais tout aussi noire qu’eux. Ville dévastée, meurtrie et à reconstruire, avec JRS (Service jésuite des réfugiés), pour sensibiliser sur le sida et surtout faire le monitoring sur les écoles en reconstruction. Une expérience qui m’a laissé des traces indélébiles, en même temps quand j’y pense. J’ai aidé à reconstruire des écoles, c’est le futur de mon pays.

Ah oui, je ne serais pas moi si je ne parlais pas de Kisangani. Bien évidemment c’est la ville de naissance de ma mère, j’y suis allée avec un Cinéaste Gilbert Balufu le petit frère du grand Balufu Bakupa Kanyinda. Une ville à l’image du pays, des immeubles avec des trous de balle, dévastée par la guerre. Malgré tout, un brin d’espoir dans mon coin de paradis. Une arrière grand-tante de ma mère avec qui j’aurais aimée passer plus de temps, du haut de ses 80ans mama Kombozi était la rencontre de ma vie. On savait voir à travers ses rides combien elle était belle et pourquoi ce surnom de mama Kinshasa lui allait si bien. Elle m’a tellement choyée, portée et bercée que je me sentais redevenir bébé. Cette dame que je venais de rencontrer, était mon autre moi. Elle se levait chaque jour à 4h au plus tard 5h du matin pour aller dans son champ. Elle me faisait des plats à te mordre la langue, au point où mon palais de supporter plus autre chose que sa cuisine.

Qu’est-ce qu’elle me manque!

Je suis un peu, comme un pot-pourri. Un mélange de tout et rien à la fois. On me colle une identité qui n’est pas du tout mienne souvent, orgueilleuse où simplement celle qui se fout de tout. Née dans une banlieue, pour se retrouver ensuite dans des quartiers huppés ne parlant pas le même langage que les enfants de mon quartier. Se sentir inadéquate dans son environnement immédiat, ce qui est sûre ce que beaucoup pense de moi n’est que le fruit de leur imagination.

Je suis moi, Miss qui aime se perdre dans les ouvrages pendant des heures, se perdre dans sa tête. Regarder le monde de loin souvent, sans y faire vraiment parti. Cette distance que je mets entre moi et certaines choses de la vie.

Voilà, ce que je pense que je suis pour l’instant. Demain ça sera peut-être autre chose.

À bientôt chère Lolvé,

P.S: Une note vocale pour me dire ton nom Stp.

 

Mardi 1 octobre 2019

Chère Miss,

Merci pour tous ces mots !
Si vraiment vous êtes « une très bonne dérangeuse », je vous aime déjà, c’est sûr !

Beaucoup de choses m’ont interpellée dans votre lettre.

Tout d’abord, tous ces noms et surnoms, comme si votre identité devait changer en fonction de qui vous appelle. Je crois que c’est une chose que j’adore auprès de mes très proches – les petits noms câlins – mais que je n’accepterai pas des autres – de ne pas m’appeler par mon nom. C’est d’ailleurs fréquent qu’on veuille me le changer, par exemple lorsque j’ai étudié aux États-Unis – tous les étudiants devaient avoir un prénom américain compatible, quelle petitesse d’esprit et de bouche… Beaucoup de gens des 5 continents peinent avec ce « Lolvé » parce qu’il n’est habituel nulle part, mais ne vous inquiétez pas, il suffit de prononcer toutes les lettres à la française et ça y est, vous m’appelez ! Et tant que vous essayez de bien faire, je ne me formalise pas, promis !

J’aimerais aussi en savoir plus sur vos langues, lingala, français, anglais ? Et pour écrire, comment vous faites, on mélange tout, pas du tout ? Ces questions me passionnent. Je n’écris qu’en français, mais je suis à l’aise en anglais et en espagnol, je me passionne pour le mandarin et j’essaie depuis quelque temps de retrouver pleinement mon allemand. La famille de mon père vient d’Allemagne, mais suite à la 2ème guerre mondiale, ils ont dû partir pour ne plus jamais revenir, il y a eu un rejet de la langue comme si c’était seulement celle des nazis, plus la nôtre. Pourtant si ! Certains mots ou expressions sont restés, mais je ne savais pas que c’était de l’allemand, je croyais que c’était juste des mots de ma famille. Par exemple c’est à l’école – c’est obligatoire pour les Suisses francophones d’apprendre l’allemand de 11 à 15 ans – que j’ai réalisé que Oma et Opa n’étaient pas les prénoms des mes grands-parents, mais signifiaient simplement grand-maman et grand-papa.

Une partie de ma famille a connu l’oppression politique, mais il y a de cela bien longtemps, je n’ai jamais été touchée directement, je n’ai jamais vécu avec un papa emprisonné par le chef de l’État – je suis d’ailleurs très curieuse de savoir ce que cela vous a fait à vous de vivre cette expérience. Mon père a cependant fait de la prison parce qu’il a refusé d’aller à l’armée – l’armée suisse ne sert à rien, mais c’était totalement obligatoire pour les hommes d’y servir dans le passé. Mon père était un pacifiste convaincu, il ne pouvait pas porter une arme. Plus tard, il a encore eu des problèmes un peu partout dans le monde parce qu’il est… journaliste ! Son travail l’a d’ailleurs amené en RDC lors du génocide des Tutsi du Rwanda. Il est ensuite resté plus d’une année pour monter une radio humanitaire de Reporter Sans Frontière qui s’appelait Hirondelle.

Il m’a beaucoup parlé de cette époque et de ses expériences. Je voulais voir par moi-même et j’ai visité le Rwanda en décembre-janvier passé (je suis d’ailleurs comme vous, une grande voyageuse). Je me réjouis d’autant plus de découvrir Kinshasa !

Un dernier point commun amusant, moi aussi j’ai été une petite ballerine qui rêve de grands envols. C’est une tradition commune dans les familles bourgeoises européennes de mettre toutes les petites filles à la barre du ballet. L’idée n’est pas d’en faire des danseuses, mais de nous apprendre le maintien et l’élégance. J’ai appris à tenir mon dos droit et à allonger mon cou, mais j’en voulais davantage. Ma mère trouvait la danse classique trop cruelle pour le corps d’une jeune fille et m’a donc peu à peu orientée vers d’autres disciplines, j’ai donc pratiqué le moderne, le jazz, le rock acrobatique et même la danse orientale. Je ne crois pas que j’avais ce qu’il fallait pour devenir une véritable ballerine et je sais que ma mère avait très probablement raison, mais une part de moi reste nostalgique des pieds abîmés et des arabesques.

Au plaisir de vous lire, chère Miss.

Lolvé

 

Mardi 9 octobre 2019

Chère Lolvé,

Heureuse de vous lire, je vous réponds avec les crépitements de pluie sur le toit de ma petite maisonnée. Mais non, ce ne sont plus des crépitements! C’est plutôt un orage. Un orage avec des éclairs. Et trop bizarrement j’aime beaucoup ce genre de pluie. Celle qui vous prennent par surprise et bouleverse tout sur son passage. Celle qui tout juste après son passage remet tout à sa place. Quoi que chez moi après la pluie, c’est rarement le beau temps. Des ordures en montagnes. Des maisons défigurées. Odeurs. Des vies en peine et en pleur. Et la nature va se refaire et comme on ne prévoit jamais rien, des futures pluies torrentielles nous replongeront dans les murs de lamentations et jérémiades. Ce n’était pas toujours comme ça chez moi pourtant mais ce sont des vérités très proches de ma réalité.

Revenons aux petits noms, vous savez quoi ? Entre nous, quand j’entends les petits surnoms d’amour selon la personne, je comprends sans le voir ou bien distinguée la voix. Savoir de qui il s’agit et surtout le ton de le dire présage toujours quelque chose. Avec ma mère surtout, je savais par son ton quand elle avait un Joyce doux ou un Joyce nerveux… C’est tellement facile de le détecter que ça m’a souvent éviter d’être punie ou réprimandée. La douceur de ma voix, un regard de chien battu avec mes yeux globuleux ou mon comportement doucereux change tout !

Vous ai-je dis que je suis une personne très tactile, j’adore toucher les gens. Les gens qui me sont proches souvent et j’aime le retour de cela pour ceux que j’aime. Cela m’a valu plusieurs problèmes
en grandissant, car les garçons pensaient que je leur faisais des avances et les filles me trouvaient bizarre. Heureusement que j’ai des gens formidable autour de moi et ça m’aide à moins me retenir. Et je vais vous faire rire : je déteste être touchée par des inconnus, cela me provoque des réactions virales. Ne me demandez surtout pas comment est-ce possible, parce que simplement j’ignore moi-même la réponse.

Ma langue maternelle est le swahili, je l’ai apprise en même temps que le français. Malheureusement avec l’éloignement de ma mère et deux amies d’enfance parties à l’étranger dès l’enfance cela m’avait fait perdre cette langue même si j’en garde encore la compréhension et quelques mots communs pour les conversations basiques. J’ai une amie avec qui on s’écrit ou parle au téléphone dans toutes les quatre langues que je connais : Le lingala, français, Swahili et l’anglais. Et souvent personne ne nous comprend hormis nous-mêmes. Bref, quand n’en connait autant et qu’on peut échanger avec tout, pourquoi s’en priver ? Eh ben ! Le mandarin… grrrrr, une langue qui me passionne et m’effraie. Par contre l’espagnol me plaît beaucoup, surtout son côté sexy…Hmmmm Rien que d’y penser ça me donne des frissons, ce n’est pas la petite brise du vent de l’orage qui continue en tout cas (rires).
J’ai eu une belle rencontre avec l’allemand, c’était exactement en début mars de cette même année.
J’ai été l’assistante de la metteuse en scène Allemande Carina Riedl. Elle a eu la magnifique idée d’adapter un livre de Fiston Mwanza Mujila, “Le Fleuve dans le ventre ” en pièce de théâtre. Et cette pièce était en trois langues, Lingala, Allemand et Français et il y’avait le polonais et l’autrichien comme langue alternative. J’aime comment on peut composer des mots selon le bon-vouloir de la personne qui l’utlise, et surtout la musicalité et la longueur de certains mots pour enfin ne signifier qu’un mot.

Je vais vous mettre un extrait, juste pour la beauté de nos langues ; bien évidement profitez en pour piquer quelques mots de lingala.

(EINSAMKEIT 97)
Wenn ich zweierlei Geschlecht hätte, was fur ein Glück !

Oder vielmehr zwei Körper, also zwei Gehirne, zwei Herzen, zwei Lungen, zwei Geschlechtsteile, vier Beine

also zum Beispiel gleichzeitig in Rio wie in Musumba sein, in Prag und in Soweto, in Tanger und in Kasumbalesa


[BOMPEZE 97]
soki naza na bosoni mibalé, wana penza esengo ! To pe lisusu soki nazalaki

na nzoto mibale, elakisi, ba bongo mibale, mitema mibale, epemeleli mibale, bosoni mibale, makolo minei pe penza, kozala neti, pe na tango wana kaka, na Rio pe na Musumba, na Prague pe na Soweto, pe Tanger pe na Kasumbalesa…


(SOLITUDE 97)
Si j’avais deux sexes, quel bonheur ! ou plutôt si j’avais

deux corps, c’est-à-dire, deux cerveaux, deux coeurs, deux poumons, deux sexes, quatre jambes et donct, être par exemple et en même temps, à Rio et à Musumba, à Prague et à Soweto, à Tanger et à Kasumbalesa...

 

Voyez-vous, ces consonances et cette particularité avec les mots, me faisait voyager à chaque lecture de table et bien évidement le spectacle en soi était époustouflant. Contente que vous renouez avec votre Allemand, parce que cela fera toujours part de vous et pourquoi pas s’en approprier.

Mon père, c’est mon jardin secret. Là où, je vais puiser ma force peu importe ce que je dois affronter. Malheureusement en cette période-là, il était en prison. Je m’en rappelle pas du tout, des histoires j’en ai eu de mes frères et sœurs et bien évidement ma mère. Comment, elle a été livrée à elle-même sans emploi à Kinshasa avec 8 enfants à nourrir et un autre en chemin “Moi”. Elle avait multiplié des astuces pour nourrir sa famille et heureusement elle avait une maison achetée pendant ses périodes folles de commerçante de diamant dans les villes de Mbuji Mayi, Lubumbashi, Zambie, Tanzanie, Afrique du sud… Bref, elle avait pu survivre grâce à ses capacités d’adaptation. Ce qui est drôle dans l’histoire, je collabore souvent avec la Fondation Hirondelle. Qui à la base avait été créé pour gérer la radio des Nations Unies (Radio Okapi), aujourd’hui la Fondation hirondelle ne dépend plus des Nations unies. Elle est devenue indépendante et fait des productions, pour les radios ruraux et le web. En organisant des débats et échanges sur les élections ou le renforcement des capacités chez les femmes. J’ai peut-être eu à croiser votre père ?
En passant Kinshasa vous attend les deux bras grands ouverts, mais ne vous méprenez pas. ça n’a rien avoir avec Kigali.
Déjà la fin, sur un pied de danse. La petite ballerine, que je n’ai pas pue être, s’est développé a tout. Sur les planches en grandissant, pas pour y danser mais y faire du théâtre. C’était bien plaisant d’être celle qui faisait briller les regards intéressés des curieux ou des personnes aimées.

Les pirouettes et arabesques se sont transformées en des danses plus entraînantes et langoureuses, je suis bien coupable d’aimer la rumba et récemment l’afrobeat.

Until next time.

La très bonne dangereuse Miss, qui vous aime déjà !

 

Vendredi 25 octobre 2019

Chère Miss,

J’ai envie de rebondir sur une des propositions de Max et de t’écrire sur le corps.

Il nous demande si ce dernier est politique, c’est très probablement une question purement rhétorique de sa part, tant il me semble évident que oui ! Je suis certaine que tu as dû, au moins une fois, ressentir cette pression si familière aux femmes, il faut absolument être jolie, mais surtout pas trop ! S’il y a bien une chose qui est encore et toujours politique en ce monde, c’est le corps des femmes. Dans ses dimensions dramatiques, mutilations des organes génitaux, viols, violence domestique ou plus anodines, mais toujours symptômes de la même maladie tout à fait politique, le patriarcat.

La femme de lettres n’échappe pas à cette caricaturisation. Lors d’un salon littéraire, un lecteur m’a interpellée pour me poser une question qui m’a laissée totalement coite : pourquoi une si jolie femme écrit des textes si durs ? Je suis restée muette. Comme il me trouvait physiquement à son goût, j’aurais dû écrire de mignonnes poésies sur les fleurs ? Cette relation entre mon apparence et mon écriture m’a par la suite souvent été rappelée, me confirmant une chose que j’avais de longue date remarquée ; on prend rarement les femmes au sérieux et plus elles sont jeunes et considérées comme jolies, plus c’est le cas. Tu pourrais me répondre alors soyons laides et tout est résolu ! Ce serait trop simple… Lorsque nous ne sommes pas suffisamment attrayantes, il faut faire un effort, être plus féminine, se montrer plus agréable. Si c’était uniquement dans le cadre amoureux, passe encore, mais lorsque c’est pour participer à un débat littéraire, ça me met tout simplement hors de moi. Cette année, on m’a d’ailleurs invitée à un talk-show pour y mettre une touche de féminité et de glamour, j’ai répondu en demandant s’il était attendu que je parle également – je n’ai pas participé à l’émission. Journalistes et photographes préfèrent toujours des portraits de moi où je souris – alors que mes romans sont très sombres et que l’homme qui écrit n’est pratiquement jamais représenté souriant. Une femme qui refuse de sourire, c’est déjà politique, alors s’habiller librement, vivre sa sexualité pleinement, avoir douze enfants ou aucun, n’en parlons pas !
Je me doute que les stéréotypes et donc les attentes concernant le corps de la femme blanche ou de la femme noire ne sont pas strictement les mêmes. À Genève, j’ai remarqué que mes amies aux cheveux crépus ne les défrisaient plus depuis quelques années, même si professionnellement cela peut représenter un risque – le cheveu naturel étant encore consciemment ou inconsciemment associé à un manque de sérieux et d’intelligence. La coiffure, qui devrait ne rien être d’autre que l’expression d’un goût personnel, devient un acte militant, un engagement antiraciste quotidien. Le corps, jusqu’aux cheveux, encore et toujours politique !

J’imagine que les questions se posent différemment à Kinshasa, mais je ne doute pas qu’elles se posent également… J’espère que tu m’en feras part !

Bien évidemment, du corps des hommes, on attend aussi des choses bien précises : haute taille, muscle, poils et rien, rien, surtout rien de féminin. Un homme ou même un garçonnet qui porterait du rose serait immédiatement soupçonné d’être homosexuel, insulte suprême à la virilité. Un homme, un vrai, ça domine, ça pénètre le corps de la femme, un point, c’est tout. Ces vieilles conceptions sont mises à mal et nous progressons chaque jour à les modifier, mais elle collent à la peau de nos corps, politiques…

Et comme le corps est définitivement politique, le racisme s’invite également dans nos représentations. L’homme noir serait viril, sauvage, alors que l’Asiatique serait sous-doté et excités par les mathématiques. Philip Roth, un de mes auteurs fétiches, a largement traité de l’autodépréciation du corps de l’homme juif. Il existe de nombreux textes qui mettent en relation cette sous-virilité supposée et la Shoah, les Juifs seraient morts par millions faute de s’être défendus, car ils n’avaient pas ce qu’il faut alors que franchement il suffit de poser un œil sur un vieux portrait de Kirk Douglas ou de Paul Newman pour se rendre compte que l’homme juif est aussi viril que tous les autres.

Voilà, chère Miss, lorsqu’on touche à la politique, on prend quelques risques, peut-être trouveras-tu mes révoltes vaines et mes analyses ridicules. Dans tous les cas, je me réjouis de te lire.

Bien à toi,

Lolvé

P.S J’ai trouvé la vidéo que Max nous a envoyée absolument superbe !

 

Mardi 25 novembre 2019

Chère Lolvé,

Désolée de ce long silence… Malade ? Oui… mais pas trop. Voyage ? Oui, mais pas si loin…

Oh la politique du corps ou bien la politique et le corps ? Ils vont si bien ensemble. En grandissant, l’habillement qui était autorisé pour les femmes professionnelles du Zaïre était le Wax. Pour être exacte c’était un Libaya (un haut en pagne), un liputa (pagne) et un autre Liputa nouer par-dessus l’autre pour affiner la silhouette de la belle Zaïroise. Dans tous les lieux officiels, les femmes étaient obligées de s’habiller ainsi. Et bien évidement le pantalon était interdit. J’ai lu quelque part cette semaine que c’est la religion et surtout la bible qui est à l’origine de ce courant patriarcal.

Dans chaque belle histoire, le prince charmant beau et viril vient toujours au secours de la demoiselle en détresse. Chez nous, cette idée est passée dans l’imaginaire collective et cette imaginaire a été renforcée par les cadeaux des wax aux femmes congolaises actuelles de la maternelle à l’âge adulte le 8 mars. Cela donne le droit à certaines personnes trop zélées de vous interpeler et même de vous agresser dans les rues parce que vous portez un pantalon ou une autre tenue le 8 mars.

Une journée qui est sensée être célébrée pour nos droits, hélas beaucoup d’homme la prenne pour une journée de fête, pour notre grand bonheur certains vont jusqu’à faire les tâches ménagères ce jour-là… Pour en être ainsi dispensé toute l’année. Ce qui était révoltant, les années précédentes, on obligeait même les petites filles à la maternelle de s’habiller ainsi pour fêter cette journée de la femme, comme beaucoup des femmes l’appellent maintenant.

En marketing c’est pire, vois-tu j’adore m’habiller en jeans, t-shirt et basket malheureusement c’est un ‘NO GO’. Donc, j’adapte mon accoutrement selon les lieux et le plus relaxe possible… Hélas, les réflexions ne manquent pas, du tout. A croire que dans leur cerveau, ils ruminent : ‘reste belle et tais-toi’.

Notre corps est totalement politique, les viols comme arme de guerre, les mutilations, les abus, les violences… La laideur a une certaine part de beauté en elle, mais je ne pense pas que quand certains pensent qu’on l’est, nous dispense de leur regard ou commentaire.

‘La beauté déteste les idées, elle se suffit à elle-même. Une œuvre est belle comme quelqu’un est beau. Cette beauté dont je parle… provoque une érection de l’âme. Une érection ne se discute pas… notre époque se dessèche à force de parlotes et d’idées.’ J’aime beaucoup ces paroles de Cocteau, cela décrit si bien la perception action de notre physique qu’à l’autre. Pour les cheveux naturels, ma touffe ou de fois même une coupe très garçonne…

Les premières personnes à être choquées étaient mes proches, cette première coupe était tellement libératrice. C’était la première fois de ma vie d’avoir mon crane aussi dégarni, je n’arrêtais pas de passer ma main dans mes cheveux et pour couronner le tout j’y avais ajouté de la couleur. ‘NAPPY’ natural and happy, un mouvement qui a traversé les frontières. Malgré cet effet mode, cela aide beaucoup des jeunes femmes à se découvrir et à s’accepter, même si certaines écoles, universités et entreprises… ne l’autorisent pas. Elles les portent avec courage et fierté.

Ah oui, les cheveux aussi sont politiques !

Ce qui est vrai, un homme avec un pantalon bien moulant ou qui aime s’habiller en rose est suspect ! Sa virilité est remise en question, une voix un peu aiguë ou trainante, bien sûr qu’on le traite d’homosexuel sans hésiter et la femme avec un physique peu fin est une lesbienne du coup. Et les deux ensembles, les moqueries et insultes fusent et ils se demandent qui pénètre qui ?

L’évolution hypocrite de notre société, me laisse croire que rien n’est vrai dans les déclarations surtout sur les idées de l’autre ou son physique.

Le corps est politique !

Et bien évidement les stéréotypes viennent renforcer cela, par le racisme et que l’homme noir serait viril, mais sauvage, l’asiatique surdoué, mais diminuer physiquement, les Blancs seraient le sauveur du monde, l’indien serait le plus spirituel…. Ahahahahahahaha !

Chère Lolvé, Je te promets que le prochain sera plus plaisant parce que la politique est vraiment un sujet que je préfère éviter depuis le début de cette année. Nous sommes dans un tunnel dont on ne connait pas la sortie et c’est juste physiquement inconfortable. D’où nos corps sont tellement politisés que ça s’infecte. Espérons que je n’ai pas été trop niaiseux.

Au fait, la vidéo de Baloji envoyée par Max était juste sublime. J’aime beaucoup le travail de cet artiste, il sait me transporter dans un Kinshasa futuriste et hallucinant avec des mélanges des artistes performeurs de ‘Ndaku ya la vie est belle’ (la maison, de la vie est belle).

À croire que la chanson est racontée par les images et non le contraire. Au plaisir de te lire.

Miss

 

Lundi 30 décembre 2019

Chère Lolvé,

Un bien fou de te lire!

Je suis devenue impatiente de te voir, partager de vive voix avec toi que la fin de l’année me ravie et les jours se rapprochent.

Je suis une lectrice compulsive, je lis tout sans exception même de la littérature jeunesse qui se personnalise et se rend réel par nos légendes urbaines et fables de l’Afrique. J’organise des ateliers avec les enfants de lecture dirigé, écriture et création artistique… C’est magnifique de leur lire un livre, qui leur ressemble par les personnages ou leur environnement, j’ai utilisé deux livres que j’ai trouvée vraiment rafraichissant pour un divertissement et apprentissage pour eux; c’était donc le livre “Kesho, 13 Histoires et Comptines d’Afrique” écrit par Maud-Salomé Ekila


et Kimia, Petit Singe En Danger aux éditions Elondja, est un livre transmet un beau message sur les menaces du braconnage et de la déforestation sauvage qui guettent notre faune. Un retour fabuleux des enfants, qui se sont pris au jeu des questions et réponses après la lecture et l’envie d’acquérir le livre.

Une veuve de papier de John Irving, ce livre je l’ai dévorée en deux jours. J’étais tellement intriguée par ses personnages sombres, Ruth par exemple,cette fillette abandonnée par sa mère à cause d’un drame familial. Cette fille m’a suivie tout le long de ma puberté jusqu’à l’âge adulte. Je ne sais pourquoi je m’identifie tellement à elle. Dans certains moment fort de ma vie, j’ai toujours une pensée pour elle; surtout son voyage à Amsterdam, devenue autrice célèbre comme son père. Une fin heureuse du livre, ne m’avait pas plu pour risque de paraitre morbide. Du haut de mes 12ans, j’ai appris une grande leçon de vie en lisant un livre pas approprier pour enfant, piocher dans la bibliothèque de chez nous; que chaque personnage s’est créé son espace pour guérir de leur drame commun quand vivre ensemble était devenu impossible. Au fil des années après cette expérience marquante, j’ai lu “Ainsi parlait Zarathoustra” de Nietzsche, que j’ai comparé par la suite avec “Ainsi parlait mon père” de Sami Tchak quoi les deux bouquins sont aussi similaires quoi qu’opposés ahahahahah! Toute petite, mon père me lisait des comptes de chez nous ( sans rire, il y’a un petit livre de compte qui s’intitule ainsi des éditions médias Paul) et bien évidement y’avait d’autres contes et legendes qui se lisait et se transmettaient (un croco à Luozi, la belle aux dents taillés, Ndata Sangu et la jeune femme, Shamazulu, les orphelins de Ndombakaï, Satonge Bia, Mikombe et les démons…) et je n’oublie pas les contes de mille et une nuit… Lire avec lui ou sans lui, vivant avec mes sœurs loin de lui. Cela a développé quelque chose de fort entre moi et lui, je me plongeais dans chaque livre offert par lui. Et ma sœur ainée qui vivait en France m’envoyer des fiches de lecture et je devais faire les comptes rendus de mes journées à l’école, à la maison ou pendant des sortis. Je me devais le faire à chaque fois, par écrit, un exercice que j’ai fait très tôt et m’a amené où je me trouve aujourd’hui.

Certains de mes auteurs de choix se retrouvent dans ta liste de préférence, Charlotte Brontë; évidement Jane Eyre l’orpheline pleine d’intelligence, de générosité, courageuse et surtout d’amour pour Mr Rochester, Dan Brown un auteur assez commercial comme Paolo Coelho mais tellement intriguant mais malheureusement ses deux derniers livres n’ont pas eu des fins à la hauteur de mes attentes. Les livres sont importants dans ma famille et ce sont des trésors précieux pour moi, tellement que la transition du numérique m’effraie, parce que j’adore la sensation que j’ai quand j’ai un livre neuf dans mes mains vieilles… La texture de la couverture, l’odeur du papier pendant la lecture, le petit bruit qui l’accompagne, la sensation du beau papier sur les doigts, savoir que je l’ai posée pour le récupérer ensuite pour une relecture de compréhension ou de plaisir. Mes goûts se sont élargis à travers le temps, des bibliothèques en librairie selon mes moments de villégiature. Maya Angelou, Toni Morrison, Jean Cocteau, Virginia Woolf, Agatha Christie, Amélie Nothomb, Fiston Mwanza Mujila, André Malraux, Tolstoï, Tierno Monénembo, Richard Ali, Bienvenu Sene, Max Lobé, Yolande Elebe, Biatitudes Tata N’Longi, Christian Gombo, Chimamanda Ngozi Adichie, Emmanuel Boundzéki Dongala, Shakespeare, Hampâté Bâ, Corneille, Barly Baruti, Mpata Nse, Kash Thembo, Joel Makengo, Sinzo Anza, George Ngal, Mudimbe, Jean d’Ormesson, Lubumbe, In Koli Jean Bofane, Alain Mabanckou Pour ne citer qu’eux. Tu remarqueras la variété de mes lectures, je passe du théâtre au roman, manga, poème et au Bande dessinée selon mes envies. Je ne lis pas souvent un livre à la fois, en ce moment je lis “Frère d’âme” par David Diop et Les Gardiens d’Elikya: Tome 1: Prophéties – Partie 1: Élévation par Lukeba Malanda. Depuis deux ans, je me suis fait la promesse de lire tous ce qui est littérature Congolaise et cela va dans tous ses genres. Certains sont des jeunes auteurs et d’autres plus aguerris que je découvre au fur et à mesure de mes trouvailles. J’aime beaucoup les thrillers et aussi des romans sociaux, les romans à l’eau de rose lus dans mon adolescence me touche plus du tout même si la Virginienne de Barbara Chase-Riboud m’a autant marqué par son coté réaliste et historique avec un brin de romantisme. Yu hua, j’ai eu à lire quelques extraits de son roman ” Vivre, malheureuse je n’avais pas pue le finir. L’ami à qui ça appartenait, devait déjà voyager le jour d’après. J’aimerais vraiment le découvrir, j’en entends que du bien. “Congo une histoire” de Van Reybrouck est un livre very insightful comme le dirait les anglophones sur l’histoire coloniale de la RDC. Dans le même registre je te recommande “À la courbe du fleuve” (titre original : A Bend in the River) est un roman britannique de Vidiadhar Surajprasad Naipau. Un livre édifiant sur la période coloniale et poste colonial du Congo Belge au Zaïre. A lire, les nouveaux auteurs Congolais, cité ci-haut; tu peux trouver certains sur amazon.

A bientôt mama!

Missy

P.S : Un petit résumé du livre “Congo une histoire” à ma façon, pour te donner envie de le lire et surtout de lire les autres auteurs Congolais.

 

Le livre Congo, Une histoire – de David Van Reybrouk


Tout commence par le partage de l’Afrique par les colons: le Congo devait servir de terre neutre entre tous les colons. C’était déjà un projet avorté à cause des ambitions égoïstes du souverain Belge. Le besoin d’indépendance avait était exprimer plusieurs années avant 1960, où il y a eu effectivité de l’indépendance. On peut s’en rendre compte depuis les années 20. Le premier grand mouvement était avec Simon Kimbangu et y’a eu d’autres formes des revendications mpagisme, Kingunza, matwanisme et le kikawa. La révolte des Pende au Bandundu, la revendication ouvrière contre le grand groupe actuel Unilever ; Revendication au Katanga qui avait emmené la mort de Mr Mpoyi. La première table ronde politique au mois de février avait donnée plus de champs d’action aux Congolais mais la seconde table ronde était économique (cause lointaine de la Zaïrianisation). Il y a eu plusieurs fois un vent de démocratie. Malgré cela,le pouvoir dictatorial en place a tout fait pour se maintenir. Une fois la dictature essoufflée avec notamment l’affaiblissement de Mobutu des guerres se sont succédées avec leur lot de problème et le spectre de la balkanisation du Congo.

Le tribalisme a lui plusieurs années après la colonisation. Son origine est sans doute dû au travail des ethnographes qui sont venus avec des clichées pour stéréotyper les différentes tribus. Cela a eu des conséquences néfastes sur la population car il était enseigné par exemple que certaines tribus étaient supérieures à d’autres. Une liste des clichés et préjugés (tel peuple est fainéant, tel est travailleur, tel est conservateur, tel mange mal…) qui a desservi le pays, et certain endoctrinement à encourager le rejet d’autres tribus envers les autres.

On peut prendre le cas des indigènes* qui sont ceux qu’on retrouvait exclusivement dans les villages tandis que les évolués*,eux voulaient vivre, manger, s’habiller comme les Belges et être comme eux. Ce sont d’ailleurs les premiers politiciens du pays. Mais à force de vouloir ressembler aux Belges, les évolués vont finir par faire une révolte pour leurs propres intérêts. Leur souci était qu’il cherchait à améliorer leurs conditions de vie et de travail et non celle de la population.

Et c’est ce qui nous poursuit jusqu’à aujourd’hui comme une malédiction avec toutes les différentes classes politiques qui se succèdent.

Dans cet élan de soulèvement,il y a aussi le phénomène Moziki : Une forme de revendication de la femme. Des femmes qui revendiquaient plusieurs droits. Le droit d’avoir un droit de conduire, d’aller au concert, sortir et voyager, danser.

Je dois aussi citer le phénomène Bills : Buffalo Bills. C’était des gens qui avaient imité un acteur de Western américain. Ils avaient un langage à eux qui était l’indubile qui se parle encore aujourd’hui à Kinshasa principalement. Ils s’habillaient en jeans, t-shirt et foulard au cou.

Un livre très agréable qui raconte des grands personnages de l’histoire de notre pays et des individus comme vous et moi qui ont vécu cette étape de notre évolution.

Par Missy M. Bangala

 

Lundi 6 janvier 2020

Ma chère Missy,

Je suis ravie de lire que tu organises des ateliers d’écriture-lecture-créativité ! C’est une de mes activités également, bien que je travaille plutôt avec des adultes et uniquement sur l’écriture. Encore un sujet sur lequel nous pourrons partager nos expériences. Si tu exerces en février et que tu es partante, j’aimerais beaucoup t’assister ! Les contes sont un matériau passionnant et si riche, il en existe dans toutes les cultures et ils disent beaucoup de nous. Lorsque j’étais enfant, ma mère m’en racontait souvent et je réclamais toujours celui d’Épaminondas, ce petit garçon africain qui obéit toujours à sa marraine ce qui a de fâcheuses conséquences – il vaut mieux réfléchir que se plier aveuglément à l’autorité, c’était la morale de l’histoire que j’aimais tant. Je ne percevais pas et je ne crois pas que ma mère savait que ce conte est à l’origine particulièrement raciste (la première version américaine de 1907 est franchement dégoûtante, l’enfant noir étant tourné en ridicule pour sa stupidité supposée congénitale). Un jeu de mon enfance m’est également revenu en mémoire alors que je discutais avec un ami métis – il me disait la peine qu’il avait ressentie adolescent en découvrant qu’il faisait soudainement peur aux vieilles dames dans le bus, le joli enfant devenait un homme, noir : Dans mes cours de gym alors que je n’avais pas plus de 10 ans, on nous a fait jouer à un jeu de course poursuite qui s’appelait « Qui a peur de l’homme noir », certains se défendent aujourd’hui en disant que c’était « l’homme en noir », c’est faux. Nous ne le comprenions pas, probablement que l’enseignement de gymnastique ne le comprenait pas complètement non plus, mais comme dans un conte, comme dans Barbe Bleue, Blanche Neige ou Épaminondas, on nous inculquait une forme de société, un certain vivre ensemble et les rôles que chacun devait y tenir. Heureusement de nos jours, nous sommes de plus en plus nombreux à réfléchir à ces petites choses du quotidien qui changent nos perceptions pour le pire, mais aussi pour le meilleur, comme tu le fais avec des histoires qui permettent de sensibiliser les enfants à leur environnement.

Tu as bien raison de lire de tout, par chez moi, beaucoup d‘intellectuels se targuent de ne lire que des auteurs morts ultras reconnus. Je trouve cela tout simplement affligeant, tout comme toi, je me fiche que l’on trouve mes lectures bonnes ou mauvaises, je lis ce qui m’intéresse, les grandes choses du passé bien sûr, mais aussi le contemporain et tout comme toi, j’essaie de me tenir au fait de ce que produisent mes collègues suisses. Lorsque je voyage, j’en profite également pour lire quelques auteurs du coin !

Je te remercie donc chaleureusement de tes recommandations congolaises que je vais télécharger sur ma liseuse – j’aime le papier, mais pour voyager, c’est bien plus pratique ! J’ai remarqué que certain-e-s des auteur-e-s que tu cites écrivent en lingala et défendent cette langue comme langue de littérature, cette démarche m’intéresse beaucoup. J’ai également constaté que nombre de ces écrivain-e-s ne vivent plus en RDC. À dire vrai, la plupart des écrivains africains contemporains de renommée internationale vivent en Europe ou aux États-Unis, n’est-ce pas ? Je serai curieuse de connaître ton opinion sur cette question qui influence certainement la littérature elle-même, mais également l’édition et la perception de l’Afrique par le lectorat international. Et à Kinshasa ? Qui lit, qui édite, qui vend des livres et comment ?

Le bouquin de Van Reybrouck m’a beaucoup plu et m’a permis de remettre en place les deux trois idées bien trop vagues que j’avais sur ton immense pays ! Je vais tenter de continuer à m’instruire avant de poser un vrai pied sur le sol congolais.

À bientôt, ma chère Missy !

Lolvé